Revoir (fragm. 5)

Ecrire un mot pour l’entendre. Penser : ai-je quelque chose à voir avec ce mot ? Laisser le mot errer seul au milieu de l’histoire, revenir plus tard peut-être.

On aurait choisi l’heure grise. Six ou sept heures du soir peut-être. On n’aurait rien prévu d’autre qu’être là, une heure ou deux, sans savoir la suite, sans rien vouloir.

Ce serait la nuit car la nuit prête mieux au secret. On aurait dans le sac des téléphones portables qui n’existaient pas dans la dernière scène.

Eteins-le.

Autrefois qui n’existaient pas.

La nuit.

Le bruit des voitures dans la rue, très près de mon épaule gauche, derrière la vitre noire et le rideau noué qui pend dans le vide.

J’écris ces mots et il pleut.

Tu viendrais ?

Je te donnerais rendez-vous près d’une fenêtre percée sur la nuit. Ce serait la même prudence, il n’y aurait pas de miroir non plus.

On dit qu’on est l’un pour l’autre, autrement, celui qui pardonne et qui vient.

Je souris. On boit et je te pardonne. Tu fumes. Il pleut. La nuit tombe sur la place. L’église sonne. Il est sept heures. On mange des olives vertes. Nos doigts s’écartent au bord de la soucoupe. Les voitures klaxonnent. J’inscris la suite.

Comme si rien ne pouvait nous délivrer de la suite, nous délivrant une fin, comme s’il ne s’agissait que de te faire taire, le silence, une autre histoire.
J’ai toujours cru que tu étais fait avec des mots. Et qu’au seuil de tant disparitions il faille être là encore.

Je lisais les avis de décès dans le journal et j’y cherchais ton nom.

(Pardon.)

Un jour je le trouverai.

Pardon.

Ouvre la bouche.

Que disais-tu ?

lundi 8 avril 2013, par Sereine Berlottier