Revoir (fragm. 4)

Ce que j’irais chercher près de toi aujourd’hui, mon propre récit, mon propre rêve, toute la pyramide de feuilles, la généalogie des impasses, mais t’en souviendrais-tu, aurais-tu seulement envie de t’en souvenir ?

Le parquet craque dans le couloir. Une ombre glisse derrière une porte vitrée. Ce serait une saison entièrement confiée à la nuit, je ne sais pas si on marcherait ensemble entre les lumières, sur les trottoirs, ce serait difficile, incertain, si souvent nous avons marché côte à côte, mais je n’aimais pas confier à d’autres les preuves, on ne marchera pas ensemble cette fois non plus, le soir de nos retrouvailles, il ne sera pas question de nos retrouvailles, on ne se retrouvera pas, on n’aura rien prévu, sauf toi d’être en avance peut-être, sauf toi d’être, comme toujours, en avance d’une catastrophe, le dos au mur, pour être celui que je cherche, celui vers qui je m’avance à présent.

jeudi 24 janvier 2013, par Sereine Berlottier