Louis sous la terre

Argol, 2015

















« Ou bien tu ne peindras pas. Tes ongles seront jaunis par le manque, ta peau tirée. Tu laisseras le monde venir jusqu’à toi, te déchirer comme un rêve, un sarcasme. Tu dormiras dans des granges. On t’offrira un morceau de pain. Tu marcheras en te baissant pour ramasser des pierres dans l’ombre, tu les déposeras plus loin sur la terre, dans le soleil. Ou bien tu ne peindras pas. Tu t’accroupiras devant des feuilles immenses. Tes genoux, tu les déplaceras avec tes mains, comme des bûches, des outils oubliés en travers du chemin. Tu te baisseras d’un coup sec. Tu plongeras. Personne n’aura le droit de voir tes gestes. »

Louis Soutter est peintre. Sous ses doigts dérive une multitude de corps peints, dessinés, de corps errants, sombres, inachevés, mystérieux. Un récit s’invente dans l’écoute des images. Qu’est-ce que peindre ? Qu’est-ce que regarder ?

Editions Argol. Date de parution : octobre 2015
ISBN : 978-2-37069-009-8


Echos, lectures & recensions  :

Note de lecture de Claro sur le Clavier Cannibale.

Note de lecture de Philippe Aigrain dans l’Atelier de bricolage littéraire.

Entretien avec Florence Trocmé sur Poezibao

Note de lecture de Ludovic Degroote sur Poezibao

Un extrait dans l’anthologie permanente de Poezibao

Note de lecture de Jacques Josse sur Remue.net

Note de lecture d’Angèle paoli sur le site Terres de femmes

Note de lecture de Jean-Paul Gavard-Perret sur De l’art helvétique contemporain.

Note de Jean-Didier Wagneur dans Libération, 1erjanvier 2016.

Note de lecture de Christian Vogels, revue N47, n°29, janvier 2016.

Note de lecture d’Emmanuèle Jawad sur Sitaudis.

Note de lecture de Jean-Marie Barnaud sur remue.net.

Note de lecture de Sylvie Durbec dans les Cahiers Critiques de Poésie(n°31.4 fév. 2016)

Echo par Didier Cahen, Trans/poésie, le Monde des livres(03/03/2016)


Un extrait

Ainsi, nous ne sommes pas sortis d’un ventre vivant et aucun bras ne s’est tendu vers nous pour nous prendre, nous réchauffer et nous berçant nous souhaiter la bienvenue.
Ainsi, nous étions, du début à la fin, seuls et nus comme des insectes, et pourtant nous marchions ensemble, nous avancions ensemble, respirant, déhanchés, et nos bras se tendaient, se heurtant, affolés d’avoir cru à du bonheur possible.
Ainsi, nous succombions parfois à d’étranges transes dont il ne restait rien qu’un peu de rouge pilé dans le haut de la feuille.
Ainsi, ni mâles ni femelles, ni petits ni grands, ni prêtres ni guerriers, ni courageux ni lâches, et pas même comptés, si nous ne rentrons pas.
Ainsi, la peur est notre maison. Nous partageons sa couleur. Nous la versons dans de grandes bassines où notre œil s’enlise, et nous tournons avec d’immenses cuillères et infiniment de douceur.
Ainsi, sans savoir où aller, et sans chercher à en revenir.
Ainsi, avec ces lianes charbon qui sont tout ce qui nous fut donné comme corps, bras écartés, jambes écartées, et ce nombril comme un clou planté dans le centre.
Ainsi, c’était la guerre. Nous avions entendu résonner les tambours. Nous étions nés dans l’orbe d’un feu qui s’éteint.
Ainsi, c’était la nuit, vaporisée et vibrante, éclaboussures. Dieu avait oublié nos oreilles, nous ne répéterons pas la fin de l’histoire.
Ainsi, nus sous la lune, clouée.
Nous étions venus des doigts d’un aveugle qui massait notre âme avec fureur, mais nous n’avons rien su de son corps, bien qu’il fût nu, aussi.
Nous allons périr sur les chemins. Mais aucun de nous ne prend le même chemin. Nous ne nous tiendrons pas la main. Nous ne rapporterons pas le récit. Un œil coule, quelqu’un compte nos doigts peut-être, à quoi bon. Souplesse. Nous dansons dans un cercle rouge, simplifiés, nocturnes. Nos cheveux lents plongés vers la terre.
Ainsi, nous avons soif de tant de chants frappés sur le sol, et c’est pourquoi il nous arrive encore de lever la tête en cherchant, lèvres écartées. Face, dos, profils.
Refermant la bouche pour que la feuille ne nous dévore pas.
Puisque tout nous traverse.


Un extrait de Louis sous la terre, lu par l’auteure, à écouter sur le site de "Samedi poésie, dimanche aussi". Enregistré en juillet 2016.
Remerciements à François Bouttier pour l’enregistrement.

mardi 29 septembre 2015, par Sereine Berlottier